Unis pour défendre la Bagot !
L’association Bagot 973 a été créée en Janvier 2010 et sa déclaration à la préfecture de la Guyane a été publiée au journal officiel le 27 février 2010.
Cette association a pour but:
- de sauvegarder et de préserver le milieu naturel que constitue la crique Bagot
de découvrir et faire connaître toutes les richesses qu’elle comporte - de représenter ses adhérents devant l’administration pour connaître tout projet privé ou public qui viserait à modifier son environnement
- de représenter ses adhérents devant les tribunaux pour faire cesser toute activité qui entrainerait des dégâts irréversibles sur sa faune, sa flore ou la qualité de ses eaux
- Et plus généralement, entreprendre tout type d’action visant à la conservation du milieu naturel de la Bagot
Notre association réunit les Guyanais d’origine ou de cœur, les professionnels du tourisme, les concessionnaires de terrains, ou tout simplement les amoureux de cette crique et les usagers du passage du Saut Bief. Ensemble, nous réagissons contre le projet de barrage Hydro-électrique de saut Bief qui menace non seulement l’écosystème de la crique Bagot et de la Comté mais également l’idée d’un développement économique et harmonieux de la Guyane.
Le projet de Voltalia consiste à réaliser non pas une centrale dite au fil de l’eau- ainsi que déclaré- mais un barrage à proprement dit sur le Saut Bief en amont du village de Cacao. Le seuil étant relevé de 4m, la hauteur du plan d’eau à l’étiage sera de 6.60 NGG.
En saison sèche, cette retenue va donc impacter les cours d’eau amont jusqu’à une côte de 6.60 NGG. Sur les cartes IGN, sur la crique Bagot, ce point est à 17 KM en amont de la confluence avec la Comté au niveau du lieu-dit « gros Roche » au sein même de la réserve d’usage des amérindiens de Ste Rose de Lima. (Dans son dossier d’enquête publique Voltalia prétend que le niveau atteint ne se fera sentir que jusqu’au KM 3 de la crique Bagot sur une dizaine de cm en pied de berge alors que par ailleurs elle montre sur graphique que la côte 6,60 NGG n’est atteint au Saut Bief que lors des crues décennales !)
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Le milieu naturel de la crique BAGOT va donc être profondément modifié. La protection naturelle qui était pour cette crique sa difficulté de navigation va disparaître et il est à craindre une forte pression de chasse et pêche et l’arrivée des orpailleurs clandestins.
Notre association a décidé de réagir pendant l’enquête publique puis de saisir les instances administratives des incohérences qui font du projet Voltalia un mauvais projet.
Ce projet a été élaboré et présenté dans la plus grande discrétion. Les médias ne s’en sont pas fait écho. L’avis d’enquête est passé inaperçu et l’enquête est terminée sans que la population ait pu, faute de relais d’informations, se faire sa propre opinion.
La municipalité de Roura n’a pas non plus relayé l’info ni organisé des séances d’informations et de débats démocratiques. Il n’est pas certain que les membres du Conseil municipal aient été informés des tenants et des aboutissants du projet.
L’enjeu est fort. D’un côté, le besoin d’énergies vertes fortement relayé par le gouvernement, de l’autre la sauvegarde d’un patrimoine naturel unique (Site touristique de Saut Bief et site archéologique et ludique de Cr Bagot, habitation Eboué) et les intérêts des collectivités et particuliers (incidence sur la voirie et la future réfection de la route de Cacao, champs inondés, circulation sur le fleuve).
La tentation est forte pour des intérêts privés de s’engouffrer dans ce créneau : peu importe le sérieux du projet, le risque n’est pas important pour les investisseurs, s’agissant de défiscalisation. L’investissement important (15 Millions d’euros) étant finalement de l’argent public il aurait dû appartenir aux administrations de contrôler la forme mais surtout le fond du projet.
La production d’énergie déclarée (surestimée) de cette centrale est anecdotique comparée à la consommation annuelle d’électricité de la Guyane : 14GWH sur 750 GWH soit moins de 2% alors que l’augmentation des besoins est estimée à 3.5 % par an.
Nous estimons, sur la base de calculs simples, que cette production a été surestimée d’un tiers voire plus si on tient compte de l’assèchement des cours d’eau dû au changement climatique. Il suffit de constater l’échec des centrales de Petit Saut ou de Saut Maripa. A titre d’exemple en 2003 la centrale de Saut Bief Bief n’aurait connu un fonctionnement à 90% que pendant une centaine de jours (228 jours inférieurs à 60m3/s et 30 jours de crues à plus de 200m3/s). Voltalia déclare pourtant qu’elle produira 365 jours dans l’année avec un fonctionnement à 90% !!
Si Voltalia triche sur la production à des fins spéculatives, est-elle sérieuse sur les aménagements pour prévenir les risques d’inondation et les risques d’érosion ?
Les impacts sur l’environnement et les risques encourus sont démesurés par rapport à l’intérêt économique du projet :
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Périodes de crues et de niveau moyen (> 6O m3/s) : le niveau amont est de 6,60mNGG. Il est fort à craindre qu’une grande partie des berges soient submergées
Photo Bagot : Ce niveau (estimation) correspond à 5,30 m sur l’échelle IRD et 6.10M sur échelle Voltalia et à une crue annuelle. C’est une berge d’altitude moyenne c.à.d. que le linéaire de berges inférieures à une altitude de 6,60 m est extrêmement important. (C’est à cet endroit que Voltalia soutient que le niveau atteint ne se fera sentir que sur une dizaine de cm en pied de berge soit 2.5m plus bas)
En tenant compte d’une pente moyenne du fil de l’eau de 0 ,013 cm/m, à 7 KM en amont de Saut Bief, les berges inférieures à 7.50m NGG aussi bien sur la Comté que sur la Bagot seront noyées.
Les zones forestières inondées de façon permanente verront leurs arbres mourir et se décomposer avec des conséquences graves : insécurité de navigation avec chutes d’arbre et dégradation de la qualité de l’eau qui se chargera de matières organiques avec risque de méthylation du mercure par décomposition de la litière, dégradation de la qualité de l’eau pompée par la CCCL ; rivières peu attractives pour le tourisme.
La surface de la retenue d’eau n’a pas été mentionnée dans l’enquête publique . Nos questionnements auprès de la DIREN et l’ONF sont restés sans réponses. Pour cause, aucun nivellement topographique n’a été fait en amont lors de la constitution du projet . Cela est grave car la retenue est probablement largement sous estimée par Voltalia et cela pose pour l’amont une inquiétude sur les inondations et pour l’aval un problème de sécurité de l’ouvrage au vu des textes en vigueur. Voltalia aurait par la suite procédé à un nivellement par laser aéroporté mais n’a pas communiqué : les résultats sont si gênants ?
Périodes de basses eaux (< 60m3 /s) : La priorité sera donnée à la production et les débits turbinés feront baisser la retenue d’eau insuffisamment rechargée par l’amont. La passe à pirogues sera rapidement dénoyée en amont (1m de tirant d’eau). Toutes vannes fermées, les fuites et pertes d’eau de la retenue aboutiront aux mêmes conséquences : arrêt de toute navigation et piège pour les poissons.
Les projets hydro- électriques de Voltalia sur la Mana, la Comté et l’Approuague ne résoudront pas le problème de l’énergie en Guyane.
Si les besoins en électricité vont s’accroître, avec le changement climatique, les productions de ces centrales iront en diminuant.
Les conséquences sur l’environnement sont démesurées par rapport aux bénéfices espérés à l’inverse des autres filières des énergies vertes : biomasse, solaire, éolien.
Le caractère sauvage de nos fleuves sera irrémédiablement perdu pour notre tourisme et notre biodiversité mise à mal.
Il n’est pas sain de laisser à l’initiative privée et aux spéculateurs experts en niches fiscales, le rôle de remodeler notre paysage.
L’association Bagot 973 réclame un débat public sur cette question afin que le plus grand nombre de Guyanais soit informé de ces projets.